Qu'est-ce que la bibliothérapie existentiale ?​

Discipline paradoxalement et malheureusement encore trop méconnue en France, la bibliothérapie aspire à devenir une « véritable » pratique psychothérapeutique, notamment lorsqu’elle revêt un caractère existential.

Une nouvelle bibliothérapie

Découvrez une nouvelle façon de penser et de pratiquer la bibliothérapie.

Composée de Βιβλιο (livre) et Θεραπία (thérapie), la bibliothérapie signifie littéralement : « soigner par les livres ». Inconnu des dictionnaires français, le terme définit toutes les pratiques où la littérature devient vecteur de guérison.

La bibliothérapie anglo-saxonne

La bibliothérapie naît dans les années 1920 lorsque l’Américaine Sadie Peterson Delaney propose des animations autour du livre dans un hôpital d’anciens combattants. Rapidement, les méthodes de gestion de la convalescence et des guérisons de Sadie Peterson Delaney et son équipe deviennent incontournables. La pratique prend son essor et s’institutionnalise dans les années 2000 dans les pays anglo-saxons. Aujourd’hui, les bibliothérapeutes anglais peuvent prescrire par ordonnance une liste de livres de développement personnel (self-help book) que le patient devra retirer auprès de son libraire ou d’un bibliothécaire.

La bibliothérapie française : bibliothérapie créative et bibliothérapie intuitive

À contre-pied des pratiques anglo-saxonnes, la France rejette les ouvrages de développement personnel. La bibliothérapie se fera avec les grandes œuvres de la Littérature. Inspirée par le travail de l’anthropologue Michèle Petit sur la relation aux livres, notamment dans les espaces de crise, Régine Dutambel prône la bibliothérapie créative. Comme Lucie Guillet qui incitait ses patients à se laisser porter par la musicalité des vers, la kinésithérapeute souligne l’importance de la lecture à voix haute dans la gestion des sentiments. La bibliothérapie intuitive, quant à elle, met l’accent sur la rencontre entre le livre et son lecteur. Expérience solitaire, la lecture permet au lecteur de mieux se connaître, de se reconstruire. Ici, le bibliothérapeute intuitif agit plus comme un guide.

La bibliothérapie existentiale naît d’un constat et d’une double volonté. Cette pratique ne doit pas se contenter d’être une nouvelle discipline de recherche du bien-être. En effet, les pratiques bibliothérapeutiques françaises, malgré leur distance avec ce qui se fait dans les pays anglo-saxons, continuent à faire du développement personnel. Dans les faits, la forme change, mais le fond demeure. Partant de là, la bibliothérapie existentiale veut retourner à ses origines, à savoir le traitement des maladies mentales et des problèmes psychologiques. D’autre part, une place belle doit être faite aux ouvrages de philosophie. Ambitieuse, la bibliothérapie existentiale souhaite démontrer l’importance de la lecture en Daseinsanalyse. La bibliothérapie existentiale s’intéresse aux questions sur l’Être (dépression, burn out, bore out, stress, angoisse, crise existentielle, peur de la mort…) Il convient de définir le « Qui ? » plutôt que le « Comment ? » ou le « Pourquoi ? »

Dasein et Daseinsanalyse​

Fondée par Ludwig Binswanger et Medard Boss, La Daseinsanalyse puise sa source dans l’ouvrage du philosophe allemand Martin Heidegger Être et Temps en 1927. Dans cette œuvre majeure dans l’histoire de la philosophie, Heidegger détermine le Dasein (littéralement « l’être-là »), seul étant disposant d’une ouverture à son propre être. En d’autres termes, le Dasein est le seul être capable de s’interroger sur son être. C’est à partir de là que Heidegger pose les fondements d’une analytique existentiale du Dasein.

Les existentiaux

En premier lieu, il convient de distinguer « existentiel » et « existential ». Est existentiel tout ce qui se rapporte à la relation entre l’homme et son existence. Est existential tout ce qui se rapporte à la constitution intrinsèque de l’existence humaine. La réalité vécue par l’homme est existentielle ; « L’Être-vers-la-mort » ou « l’Être-jeté » sont des concepts existentiaux. En second lieu, sont des « existentiaux » les différentes manières qu’a le Dasein d’exister. Les existentiaux permettent de déterminer l’existentialité. Heidegger distingue trois existentiaux :

  • La disposition (Die Befindlichkeit) est le fait d’aller vers soi volontairement ou involontairement. On peut rapprocher la disposition de l’humeur ;
  • Après la disposition vient la compréhension (Verstehen), qui ne correspond pas à l’attribution d’un sens à une situation vécue, mais plus à ce que nous éprouvons au fond de nous-mêmes. En d’autres termes, la compréhension (ou l’entente) n’est pas à prendre au sens gnoséologique, mais comme le rapport où « l’être est proprement engagé » ;
  • Enfin, le discours (die Rede) correspond au dire silencieux qui précède le langage.

La vérité ontologique de l’art

Nous pouvons affirmer que certaines situations ou certains comportements ne peuvent pas être expliqués par la science, non pas que celle-là n’est pas encore assez avancée, mais parce que ceux-ci échappent aux sciences de la nature. C’est le cas par exemple de la métaphysique qui littéralement demeure hors de la physique. Gadamer, dans son herméneutique philosophique démontre la vérité ontologique de l’œuvre d’art. Le livre n’est plus une représentation du monde, mais une présentation qui affecte ontologiquement le lecteur (ainsi que l’auteur). La lecture agit directement sur le comprendre (Verstehen) heideggerien. En résumé, la bibliothérapie existentiale, contrairement aux autres pratiques, ne cherche pas à traiter les problèmes ontiques (relatif à l’étant, à l’homme), mais à soigner les troubles ontologiques (relatif à l’être, à ce qui fait de vous ce que vous êtes).

En savoir plus

Retrouvez les liens utiles et la bibliographie utiles pour en savoir plus sur la bibliothérapie existentiale.

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